Sicile:Ombre e Luci -Francese-

Centro Studi Storico-Sociali Siciliani
"Banca dati di Letteratura e Poesia"
"Storia, Folklore, Arte, Mitologia"
"In tutto il mondo con i SICILIANI"

OMBRES ET LUMIERES D'UNE SICILE
DIVINE ET TURBULENTE.

par Bertrand Favre (*)

La Sicile occupe une position clé au coeur de la Méditerranée. Les monnaies siciliennes, "Siciliae nummi", histoire des différentes "Villes-états", permettent de mieux comprendre les activités, les coutumes, les moeurs, les guerres, les victoires, le commerce et la religion qu'elles conduisirent. C’est aussi une clé indispensable pour appréhender l’esprit indépendant qui anime chaque région et chaque ville.

Photo B. Favre: le cloître de Monreale


La tête et les jambes : un symbole !

Triangle pour les Grecs, "Trinacria" (l'île aux trois promontoires), on retrouve partout ce fameux symbole qui trace trois jambes prenant naissance autour de la tête de Cérès. Il illustre cette course vaine, retrace l'histoire complexe et toujours recommencée. Hier grecque, romaine, africaine, arabe, allemande, espagnole ou normande, la Sicile ne tient à l'Italie que par le fond du détroit. C'est une communauté à elle seule. Pour le marin elle est la "rose des vents", pour l'historien, c'est une terre offrant ses rives aux invasions comme aux apports ethniques et culturels. C'est le temple vivant d'un passé illustre qui tissa une civilisation multiple et façonna une âme souvent remodelée. Par ses racines elle se rattache à la Grèce antique, seule à réaliser la fusion avec la civilisation romaine. Par la présence de l'Etna et d'un climat unique elle est africaine et même égyptienne par la floraison des papyrus et l'abondance des bambous. A l'est, la côte de la mer Ionienne la place naturellement dans la clarté et la lumière de l'Orient, cet Orient qui lui apporta le christianisme. La côte Sud est ouverte aux vents brûlants du golfe de Syrte, aux invasions mais surtout aux apports africains. Son premier peuplement lui vint de ce continent.

L'histoire se répète !

C'est en Afrique que les Carthaginois de Sicile entretenaient des bases arrières utilisées pour terroriser les cités grecques de l'île. Ils brûlèrent Agrigente et Selinonte mais Syracuse sut se faire respecter. C'est par l'Afrique qu'au Ve siècle passèrent les Vandales comme le firent les troupes anglo-américaines pour libérer la péninsule en 1943. Giuliano, le célèbre bandit et héros, fut le grand chef d’orchestre de l’organisation du débarquement américain sur l’île lors de la Seconde Guerre mondiale. La dernière aventure de son passé la Sicile la doit à l'Occident. Les Normands arrivèrent dans l'île à l'époque des Croisades. Le couronnement du roi Roger II de Hauteville, à Palerme en 1130, vit la Sicile devenir royaume indépendant et unifié pour la première fois de son histoire. Les juifs, les musulmans et les chrétiens bysantins mais surtout les villes grecques conservèrent leurs juridictions et leurs libertés. Aujourd’hui les chefs d’oeuvre normands sont trop souvent assimilés à l’art arabe. Conquis par le charme fascinant des civilisations orientales, les rois normands se firent construire de luxueuses résidences décorées par les maîtres arabes. On les accusera même de vivre comme des "sultans baptisés". Cefalù et Palerme les vit bâtir des ensembles surprenants où les traditions d'Orient et d'Occident se mélangent tandis que flamboient les ors des mosaïques exécutées par les artistes venus de Constantinople. Opposé à l’archevêque de Palerme Guillaume décida de construire une autre cathédrale à Monreale. Splendeur de l’art religieux qui suscita la vision mystique et la légende.

Garibaldi : sauveur et « prodittatore ».

Au moment où les découvertes maritimes déplacent le centre de gravité économique de l'Europe vers le Nord, où l'Italie du Nord liquide son régime féodal, la Sicile s'y installe pour un demi-millénaire. Isolée, marginalisée elle sera bientôt oubliée. L'administration italienne installée sur le continent sera paralysante, lointaine, étrangère. L'autonomie gagnera du terrain jusqu'au fameux débarquement de Garibaldi à Marsala le 11 mai 1860. La déroute des armées bourbonniennes transforme l'action du condottiere en marche triomphale. Habile, Garibaldi s'auto-proclama "prodittatore" au nom du roi Victor Emmanuel et prit des mesures sociales en faveur des paysans. Se ralliant à ses thèses, ils feront échouer l'indépendance tant espérée. Si l'Italie du Nord se distance de celle du Sud, la Sicile est encore un autre monde à part.

La Mafia, une résultante logique !

1860, la situation s'aggrave. L'insécurité gagne les campagnes et s'installe à Palerme. Des déserteurs de tout bord - bourbonniens, garibaldiens, républicains, droits communs libérés par la "révolution", anciens proscrits et gendarmes à cheval - opèrent librement et du banditisme font profession. Ils achètent leur immunité en se louant à des réseaux de trafiquants passés maîtres dans l'art de rendre leur protection indispensable. La "mafia" était née. Sa longévité et son immunité ne s'expliquent pas seulement par la crainte qu'elle inspire. Elle puise sa force et sa fortune dans son acceptation par ceux-là mêmes qu'elle opprime. Elle représente la vertu d'une justice, d'une force et d'un ordre siciliens.. Ses habitants ont de tout temps répudié la police et les juges officiels. Gaetano Falzone écrira que "la nation sicilienne est née dans la violence et que la mafia se renouvelle par génération spontanée". Les peuples brimés acceptent tous la loi du silence.


L'Etna, le soleil, l'archéologie et le citron.

L'Etna s'impose comme l'artiste sculptant ou imprimant à même le sol des oeuvres d'une incomparable beauté, d'une effrayante détresse. Le volcan favorisa les réalisations touristiques les plus douteuses. Catane (sous l'Etna), ville et aéroport international, ne semble guère favoriser le tourisme. Sa côte Est est d’une désolation toute industrielle. Un jour pour découvrir ses curiosités, telle la fontaine de l'éléphant, est suffisant.. L'éléphant sculpté dans la lave, équipé d'un tapis de selle de marbre blanc, porte un faux obélisque surmonté d'un globe entouré d'un rameau d'olivier. Il est emblème de la ville où est né Vincenzo Bellini, le compositeur de la "Norma", mystérieusement décédé en France, en 1876. L'urne funéraire repose dans la cathédrale. Le musée consacré à l'artiste est proche. Catane possède un nombre appréciable de palais cossus, tels celui de Biscari qui fit l'admiration de Goethe durant son célèbre "Voyage en Italie". Le flâneur découvrira un large éventail de constructions baroques, imposantes, nées d'une folie décorative, souvent parfaitement ordonnée. Entreprendre le "Tour du Volcan" est initiative majeure. La terre chaude du souffle du volcan y est si fertile que les pentes de l'Etna sont parsemées de villages. "Lumie di Sicilia" est oeuvre de Pirandello et met en valeur la région de l'Etna, coeur de toutes les cultures de citronniers. A Acireale et à Riposto on obtient, par pression et râpage de la calotte des citrons, l'huile essentielle, composant indispensable des parfums de luxe. Taormina, véritable balcon sur la mer, ne se visite pas. On y flâne par rues et ruelles allant de placettes en terrasses et d'églises en "trattoria". Syracuse c'est trois villes en une. La vieille ville, corsetée de défenses où chaque siècle a imprimé son empreinte, se prénomme Ortigia. Akradina, quartier moderne et aéré s'élève vers le plateau en montrant des pans de falaises de calcaire blanc. Neopolis enfin occupe le rebord du plateau calcaire et se réjouit de deux grands temples. A visiter le musée archéologique aménagé dans de nouveaux bâtiments conçus pour l'ensemble des collections antiques, avec la célèbre et pudiqueVénus de Syracuse.

Palerme : une capitale, un vaste musée délabré...

Au pied des montagnes qui l’environnent, face à la mer, une crique joliment nommée la Coquille d’Or , Palerme (800’000 habitants) est aussi une ville folle. Entendez par là qu’à toute heure du jour et de la nuit la circulation y est harassante, stressante, pétaradante et impossible. A croire que les Palermitains sont incapables de faire un mètre à pied. Les gaz ont noirci la ville. Certains bâtiments anciens et historiques présentent un aspect de complet abandon. D’autres furent restaurés avec un non conformisme choquant et allant jusqu’à remplacer la pierre par des briques rouges. D'autres comme le quadrilatère d'Espagne et à peine plus loin la fontaine Pretoria sont totalement oubliés. Cette fontaine d’une grande beauté, est aussi appelée fontaine de la honte en raison de son coût de construction. et de la nudité de certaines statues. Le nombre des églises de la ville, témoignage des princes successifs est aussi une repentance des crimes de la mafia. Le vice et la vertu en quelque sorte. Et pourtant j’ai aimé cette ville et jusqu’aux catacombes des Capucins, ce musée funèbre où les nobles se faisaient embaumer avant de trouver une sépulture-offrande à la postérité.

Le défi du réseau autoroutier.

Allez voir Segeste, son temple et son théâtre antique, Erice, ajustée sur le mont du même nom comme un nid d’aigle et qui offre, vue du ciel, un triangle à peine différent du sicilien. Trapani, le port de pêche le plus important de l’île, invite à l’escapade des proches marais salants. Le spectacle au coucher de soleil est enchanteur et marque aussi le déclin d'une activité que l’on veut dépassée. Le réseau routier est parsemé de très nombreux viaducs et ponts. La circulation souvent thème des courses de Monza. Le contournement de Palerme tient du stockcar tant la circulation y est dense et les entrées et sorties surprenantes. Cefalu, excursion d’un jour offre un véritable dépaysement avec son rocher, sa cathédrale normande et ses ruelles commerçantes et gastronomes. Le grand tour qui de Mondello-Palerme conduit vers Bagheria - une station balnéaire en perdition, le port de Termini-Imerese puis Enna et Caltanissetta et enfin Agrigente et la vallée des temples emprunte lui aussi l’autoroute. De veritables ouvrages d’art offrent au paysage une perspective impressionnante, découvrent les terres arides et des sites archéologiques et anciens innombrables. Certaines routes - des départementales - sont à déconseiller car dangereuses. C'est pourtant en les empruntant que l’on atteint des petites merveilles comme Gangi. Agrigente comme déjà Segeste rançonne ses trésors.
Immanquable, le piège à touriste, est judicieusement mis au point.
Il sert de péage à la visite, de restaurant et de parking. Plus loin à Selinonte, on est allé jusqu’à ériger une colline de terre pour que l’automobiliste ne voie plus le temple de la route. Il y a quelques années André Malraux animait avec quelques confrères italiens et anglais un véritable son et lumière. Tout cela a disparu. L’amertume de n’être qu’un pigeon, un pigeon parfois heureux mais un pigeon tout de même est bien dissuasive. Sciacca est une station thermale renommée mais fanée. Nous y avons déniché un restaurant routier, rustique et délicieux, servant un vin de pays aussi gouleyant que peu dispendieux, un dollar USA le pichet. Des étapes à Mazara, Castelvetrano, Salemi et Alcamo jalonneront la fin du circuit.

Nous avons aimé :

- Le vol Crossair, son service,
- Le cadre du Mondello Palace, son service, son vaste parc et sa piscine;
- La courtoisie des Siciliens avenants et heureux de renseigner;
- Les petits restaurants locaux et exotiques;
- Les transports en commun palermitains, réguliers et rapides;
- Les bars-à-café des stations d’autoroute animés et souriants;
- Les boutiques et la qualité de leur assortiment;
- Le service avenant du marchand de journaux et des stations services;
- Le climat chaud mais toujours agrémenté d’une brise bienvenue.

Nous n’avons pas apprécié :

- Le manque d’information et d’assistance des agences de location de voitures;
- Le système Rover qui veut que lorsqu’on fait le plein la voiture ne redémarre pas. Il faut la fermer, la rouvrir et la remercier pour qu’elle consente à vous emmener;
- L’agressivité des conducteurs sur routes et autoroutes et même en ville;
- Le manque d’éducation des jeunes qui pas plus qu’en Europe nerespectent les personnes âgées;
- Les plages envahies de cabines alignées perpendiculairement à la mer et trop peu distantes les unes des autres;
- La ronde incessante des autos et scooters en bord de mer;
- Les restaurants de Mondello qui relèvent plus du fastfood que de la trattoria du bord de mer et leurs terrasses envahies par les gaz d’échappement;
- Les promenades du bord de mer, pistes cyclables et circuits de marathon avant d’être piétonnières;
- Les poubelles qui embaument tous les quartiers;
- Le manque total d’information touristique et de possibilité de réservation de circuits ou de spectacles dans les hôtels.

(B.F.)


Font: http://www.travelmag.org/~pipps/land/sicile.html


(*) L'auteur, journaliste professionnel, est fondateur et président d'honneur de l'Association suisse des journalistes et écrivains du tourisme (ASSET).


L'île et ses images

Par GUY MANDERY

La photographie de Robert Capa, faite lors du débarquement américain en Sicile, fit le tour du monde tant le symbole était parfait : un paysan montre de son bâton la direction de l'ennemi à un immense GI accroupi pour être à la hauteur du petit vieux. Elle inaugurait, pour l'après-guerre, la série des clichés constitutifs de l'iconographie sicilienne. Lui succéderont les scènes d'inspiration néoréaliste, puis les ruines antiques, et enfin la fameuse « pêche au thon » avec sa « chambre de la mort » et sa mattanza. Aujourd'hui encore, alors que les thons de Méditerranée sont raflés par les bateaux frigorifiques japonais équipés de sonars, les plus grands photographes du monde viennent photographier les scènes bibliques de la mattanza.

Parmi les photographes de l'île, il faut faire une place à part à Enzo Sellerio, immense bonhomme bourru (né en 1924) qui a rassemblé dans Inventario siciliano des images emblématiques qui parviennent à réunir compassion, ironie, et dénonciation de l'état de fait sicilien. Auteur d'une oeuvre photographique un peu inachevée, il s'est révélé un incomparable éditeur, et publie encore périodiquement de somptueux albums d'images à la saveur typiquement sicilienne (Sellerio Edizioni, Palermo).

La seconde moitié des années 70 et les années 80 furent celles de Letizia Battaglia. Associée à Franco Zecchin au quotidien L'Ora de Palerme, ils contribuèrent, par leurs photographies, à la grande dénonciation de la Mafia qui culminera avec les manifestations de masse à la suite des assassinats des juges Falcone et Borsellino. Mais, comme d'autres photographes avant eux, Battaglia et Zecchin vérifièrent rapidement la douloureuse contradiction qui fait que chaque photographie publiée pour dénoncer un crime de la Mafia est en même temps attestation et proclamation de sa puissance.

Le troisième personnage de la photo sicilienne est sans conteste Ferdinando Scianna (né en 1943), auteur d'un premier livre sur l'île à vingt-deux ans et d'un second avec des textes de Leonardo Sciascia et Dominique Fernandez ( Les Siciliens, Denoël, 1977). Même si cette personnalité marquante de la photo italienne a un peu délaissé aujourd'hui les processions du vendredi saint pour les mineurs des Andes et les mannequins hollandais de la fashion society milanaise...

Naturellement, les photographes souffrent de l'isolement accentué par l'insularité. Le mal de la photographie sicilienne, c'est l'exil forcé de ses créateurs : Scianna à Milan, Massimo Siragusa à Rome, Zecchin à Paris, Ernesto Bazan à New York ! Et, pour ne pas quitter Syracuse, Aldo Palazzolo, portraitiste doué d'une acuité exceptionnelle, a dû renoncer à une carrière internationale.

Parmi les jeunes photographes qui parviennent à la notoriété hors de la Trinacria, Carmelo Bongiorno (né en 1960) a choisi de donner de l'île une image qui allie information et subjectivité, célébration de quelques mythes et modernité du langage. Lui importe non pas de rapporter avec précision les personnages ou l'événement, mais de restituer avec justesse sa relation avec cette réalité complexe qu'est la Sicile aujourd'hui. D'espaces presque vides en places de village semi-désertes, de scènes de plage en dimanches après-midi antonioniens, une oeuvre a pris corps.

Pour peindre la complexité charnelle du quotidien sicilien, qui mêle l'odeur de l'eucalyptus à celle du mazout et l'ineffable douceur d'une pâtisserie à la pistache aux hurlements des tiffosis devant leur téléviseur, Bongiorno a trouvé un style : celui de l'indécision et du doute. Dans ses photographies, la mise au point n'est pas sur les objets et les lieux, elle est sur la poésie de l'atmosphère, sur le monde intérieur du photographe, et sur la vérité des sentiments éprouvés dans l'intimité d'une île à nulle autre pareille.

GUY MANDERY.



* L'Isola intima, photographies de Carmelo Bongiorno, exposées à l'Institut culturel italien, hôtel de Gallifet, 50, rue de Varenne, 75007 Paris, dans le cadre du Mois de la photo, du 10 novembre au 10 décembre 1998.
Folklore Siciliano    Torna alla Homepage

Se desiderate informazioni, inviate una Email a:

E-mail  Indirizzo di posta elettronica
cssss@tiscali.it
 

Oggi Ŕ :